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Du contrat article 83 au PER obligatoire : ce qui change

14 juin 2026 • 6 min de lecture

Pendant des décennies, la retraite supplémentaire d'entreprise s'est appelée « article 83 », du nom de l'article du Code général des impôts qui en fixait le régime. La loi PACTE a rebattu les cartes : depuis le 1er octobre 2020, les contrats article 83 ne peuvent plus être commercialisés, remplacés par le PER obligatoire — le PERO. Pour l'employeur, la filiation est directe mais les différences sont réelles : sorties élargies, portabilité individuelle, gestion pilotée, forfait social potentiellement réduit. Voici ce qui change, ce qui demeure, et comment gérer un article 83 encore en vigueur dans l'entreprise.

L'article 83 : un standard désormais fermé

Le contrat article 83 est un régime de retraite supplémentaire à cotisations définies : l'employeur — parfois avec une part salariale — verse des cotisations obligatoires sur un contrat d'assurance, qui se dénouent au moment de la retraite sous forme de rente viagère. Ses limites ont fait sa réputation : sortie en rente exclusivement, épargne difficile à suivre pour le salarié, transferts laborieux d'un employeur à l'autre. Les contrats souscrits avant la réforme continuent de fonctionner et de recevoir des cotisations, mais aucun nouveau contrat de ce type ne peut être mis en place depuis le 1er octobre 2020.

Le PER obligatoire, héritier direct issu de la loi PACTE

La loi PACTE du 22 mai 2019 a créé le plan d'épargne retraite, décliné en version individuelle et en deux versions d'entreprise, commercialisées depuis le 1er octobre 2019 : le PER d'entreprise collectif, facultatif, et le PER obligatoire, successeur de l'article 83. Comme son prédécesseur, le PERO peut couvrir l'ensemble du personnel ou une ou plusieurs catégories objectives de salariés — les cadres, le plus souvent —, avec une adhésion obligatoire pour les salariés concernés et des cotisations patronales exclues de l'assiette des cotisations sociales dans les limites réglementaires. Sa mise en place emprunte les voies classiques de la protection sociale complémentaire : accord collectif, référendum ou décision unilatérale de l'employeur.

Ce qui ne change pas

  • La logique de cotisations définies : l'employeur s'engage sur un niveau de versement, pas sur un niveau de prestation.
  • Le caractère collectif et obligatoire du régime, condition du traitement social et fiscal de faveur.
  • La sortie en rente viagère pour les droits issus des versements obligatoires : logés dans le compartiment dédié du PER, ils restent dénoués en rente, comme dans l'article 83.
  • L'indisponibilité des sommes jusqu'à la retraite, sous réserve des cas de déblocage anticipé prévus par la loi pour les accidents de la vie.

Ce qui change vraiment

Le PER repose sur une architecture à trois compartiments — versements volontaires du titulaire, épargne salariale, versements obligatoires — qui change l'expérience du salarié. Les versements volontaires et l'épargne salariale logés dans le plan peuvent sortir en capital, en une fois ou de manière fractionnée, et être débloqués par anticipation pour l'acquisition de la résidence principale — deux souplesses que l'article 83 ignorait, même si elles ne s'étendent pas au compartiment obligatoire. La gestion pilotée par horizon est proposée par défaut, sécurisant progressivement l'épargne à l'approche de la retraite. Et lorsque cette gestion oriente l'épargne vers des fonds comportant une part de titres de PME et d'ETI, l'employeur peut bénéficier d'un forfait social réduit — un mécanisme détaillé dans notre article sur le forfait social en prévoyance et retraite d'entreprise.

La portabilité individuelle, la vraie rupture

Le progrès le plus tangible pour le salarié est la transférabilité. Tous les PER — individuel, collectif, obligatoire — partagent le même cadre juridique, et le titulaire qui quitte l'entreprise peut transférer ses droits vers le PER de son nouvel employeur ou vers un PER individuel, sans que l'ancien gestionnaire puisse s'y opposer. Les droits issus d'anciens contrats article 83 sont eux-mêmes transférables vers un PER, où ils rejoignent le compartiment des versements obligatoires et en suivent les règles de sortie. Fini les petites rentes éparpillées chez d'anciens employeurs et oubliées jusqu'à la retraite : l'épargne retraite suit désormais la personne, pas le contrat. Pour l'employeur, cette portabilité simplifie aussi la gestion des départs — le solde de tout compte n'emporte plus de questions insolubles sur le devenir du contrat.

Faut-il transformer un article 83 existant ?

Rien n'oblige une entreprise à transformer son article 83 en PER obligatoire : les contrats en cours continuent de produire leurs effets. La bascule mérite pourtant d'être étudiée à chaque échéance de renouvellement : elle donne accès aux souplesses du PER pour les salariés, au forfait social réduit sous conditions pour l'employeur, et à une offre de marché désormais concentrée sur les nouveaux plans — les anciens contrats, fermés à la commercialisation, ne bénéficient plus des mêmes efforts tarifaires ni des mêmes outils de gestion. La transformation suppose de revisiter l'acte fondateur du régime, le contrat d'assurance et l'information des salariés : un chantier de quelques semaines, à mener de préférence avec un accompagnement spécialisé.

L'articuler avec le reste de votre protection sociale

La retraite supplémentaire n'a de sens que posée sur un socle solide : santé collective conforme, prévoyance couvrant sérieusement l'incapacité, l'invalidité et le décès. Une fois ce socle en place, le PER obligatoire devient un outil de différenciation puissant pour attirer et fidéliser les profils qualifiés, avec un traitement social et fiscal qui en réduit le coût réel. Notre page dédiée au plan d'épargne retraite d'entreprise présente les options de mise en place, et un chiffrage sur votre effectif réel permet d'objectiver la décision en quelques jours.

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